« Can’t Help Myself »?

Dans ce travail commandé pour le musée Guggenheim en 2017, les artistes Sun Yuan et Peng Yu utilisent un robot industriel, des capteurs de reconnaissance visuelle et des systèmes logiciels pour examiner notre réalité globale de plus en plus automatisée. Placé derrière des murs en acrylique transparent, leur robot est un bras programmé, et a une tâche spécifique. Typiquement, un bras articulé que l’on rencontre dans les usines d’assemblage de matériaux par exemple. Ici, le bras est programmé pour contenir un liquide visqueux et rouge foncé dans une zone prédéterminée. Lorsque les capteurs détectent que le fluide s’est trop éloigné, le bras le remet en place avec frénésie, laissant des taches sur le sol et des éclaboussures sur les murs environnants.

« Qui est le plus vulnérable : l’homme qui a construit la machine ou la machine qui est contrôlée par un homme ? » Le Guggenheim nous rappelle que l’idée sous-jacente à « Can’t Help Myself » est cette question morale. Il me semble que ce postulat n’est ni une interrogation et encore moins une question morale, puisque les artistes comparent d’emblée la machine et l’Humain sur la question de la vulnérabilité. Considérant ainsi que la machine est …. vulnérable, au contrôle de l’Humain. Or, la machine est une construction-programmation de l’humain, elle ne reflète que l’homme et sa technologie. Elle n’a pas de conscience, elle n’est pas vivante. Elle est vulnérable à l’obsolescence liée à la seule évolution technique de l’Humain.

Biais de cadrage et corrélation illusoire, donc… ?

Ajouter une alternativeby Karl F. MacDorman

Certains vont jusqu’à comparer le « travail » de ce robot au mythe de Sisyphe (connu pour son châtiment, consistant à pousser une pierre au sommet d’une montagne, d’où elle finit toujours par retomber.). D’un point de vue existentiel donc, cette machine fait un travail inutile et vain,… alors qu’elle pourrait être astucieuse et donc astucieusement utilisée. Mais, ce robot a été programmée par des Humains-artistes, non ? (CQFD). Quant au choix du liquide visqueux rouge, ramassé et projeté sur le mur : provocation et connotation classique. Par ailleurs, le roboticien Mori Masahiro note dans sa théorie sur la vallée de l’étrange que l’humain ressent une affinité certaines pour les robots industriels (CQFD) .

Question de droits ?

Il est donc très facile d’influencer et ainsi créer une confusion, en faisant croire que le robot est vulnérable, que la machine est un être vivant… qui, extrapolons un peu, pourrait dès lors avoir des droits ? Je ne suis pas sûre que ce travail remette en question une certaine moralité, mais est à mon sens plutôt un travail irresponsable.

Rappelons que le 25 octobre 2017, le roi Salmane d’Arabie Saoudite a accordé la citoyenneté de son pays à « Sophia ». Une femme ? Pas exactement : plutôt un robot humanoïde. Sophia, gynoïde activée le 19 avril 2015 a plus de droits que les femmes de son pays ! Cruelle ironie…

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Comme l’explique Ali Al-Ahmed, directeur de l’Institut des affaires du Golfe : 

« Beaucoup de femmes (saoudiennes) ont rencontré la mort simplement parce qu’elles ont tenté de quitter leur maison et Sophia se balade partout [sans tuteur masculin]. La loi saoudienne ne permet pas aux non-musulmans d’obtenir la citoyenneté. Est-ce que Sophia s’est convertie à l’Islam ? Quelle est la religion de cette Sophia et pourquoi ne porte-t-elle pas le hijab  ? Si elle demandait la citoyenneté en tant qu’être humain, elle ne la recevrait pas » !

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